Contrairement à ce que nous pourrions penser, le rhodium, un métal assez rare, est toujours le plus cher au monde. Il est principalement utilisé dans la production de verre catalytique (partie des tuyaux d’échappement) .
UNE AUGMENTATION DE PRIX
Le rhodium continue de jouer dans une autre catégorie : il s’échange à 7950$ l’once, soit près de 7200€ pour moins de 30 grammes. À titre de comparaison, l’or plafonne autour de 1555$ l’once, et le palladium suit de très loin. Résultat : la valeur du rhodium dépasse celle de l’or par un facteur six. Dès les quinze premiers jours de janvier, la hausse a déjà bondi de plus de 30%. Cette envolée s’inscrit dans la suite logique d’une année 2019 déjà explosive, au cours de laquelle le rhodium a grimpé de 150%. En douze mois, son prix a été multiplié par douze, un record qui laisse pantois, même sur le marché nerveux des métaux précieux.
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Les raisons de cette augmentation
Pourquoi cette fièvre ? En grande partie, la réponse se trouve chez les fabricants automobiles. L’industrie automobile absorbe plus de quatre cinquièmes du rhodium exploité chaque année sur la planète : impossible de s’en passer pour maintenir des rejets inférieurs aux seuils qui se resserrent, tout particulièrement en Europe. Les réglementations coupent court aux marges de manœuvre ; le rhodium est, de loin, le plus efficace pour éliminer les oxydes d’azote des gaz d’échappement. Face à des contrôles stricts et des normes de plus en plus dures, chaque gramme pèse lourd dans la balance.
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La tendance ne fait que se renforcer pour 2020. Selon les projections, la demande de rhodium devrait poursuivre sa hausse : il faut plus de métal pour répondre aux nouvelles règles environnementales. Le secteur industriel, malgré tout son arsenal chimique, n’a aucun remplaçant à cet allié discret mais décisif. C’est cette dépendance qui continue de soutenir la hausse des cours.

Les faiblesses du rhodium
Côté offre, la situation ne prête guère à l’optimisme. La production mondiale de rhodium ne dépasse pas 23 tonnes par an : une goutte d’eau si on compare aux 225 tonnes de palladium extraites sur la même durée. Cette rareté n’a rien d’une coquetterie. Il n’existe pas de gisements dédiés au rhodium ; il provient systématiquement de l’extraction du platine, auquel il est étroitement lié. Le séparer demande temps, technicité et organisation : tout pour raréfier encore le métal.
Le coup d’œil géographique ajoute une couche d’incertitude supplémentaire. Près de 80% des extractions mondiales sont réalisées en Afrique du Sud. Conséquence directe : une tension ou une crise locale peut suffire à gripper toute la chaîne mondiale. La grève des mineurs sud-africains de 2014 en a donné la mesure ; l’industrie n’a pas oublié le coup de chaud sur les approvisionnements cette année-là.
La volatilité du marché du rhodium n’a pas faibli. Anton Berlin, analyste chez MMC Norilsk, synthétise la situation : « Le rhodium est sujet à une volatilité folle ». Cette instabilité impacte toute la filière, des producteurs jusqu’aux investisseurs.
Rien n’indique que ce statu quo tiendra éternellement. L’essor des voitures électriques pourrait changer la donne : ces véhicules n’utilisent pas de pots catalytiques classiques et donc pas de rhodium. À mesure que leur diffusion progresse, la demande risque de suivre une trajectoire inverse, plus mesurée. Moins d’impact environnemental, moins de pollution, et donc moins de nécessité pour ce métal jusque-là indispensable.
Le rhodium garde une réputation ambivalente : tantôt perçu comme le roi des métaux précieux, tantôt redouté pour ses risques et son instabilité. Pour l’instant, il reste au sommet, mais le moindre choc technologique ou géopolitique pourrait bouleverser ce fragile équilibre. Reste à savoir quel secteur, parfois ignoré aujourd’hui, sera le prochain à faire vaciller l’édifice.

