Annuler une promesse unilatérale de vente : quelles démarches suivre ?

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Fiches pratiques N° 1723, Lettre d’une promesse unilatérale de vente

Date de nouveauté : 31 mars 2017 Écrit pour la pratique notariale du droit judiciaire, certificats Mis à jour : Muriel SUQUET-COZIC, Notaire diplômé

1. Éléments clés

La promesse unilatérale de vente n’a rien d’un simple accord entre deux personnes pressées d’en finir. Ici, seul le vendeur s’engage formellement à céder son bien à un bénéficiaire, qui reste libre d’acheter ou non, jusqu’à une date fixée d’avance. Si le bénéficiaire accepte, la vente doit aller à son terme. S’il laisse passer l’échéance ou refuse, la promesse s’éteint et la somme versée en garantie reste acquise au vendeur. Bien souvent, la promesse comporte des conditions suspensives, qui permettent au notaire de procéder aux vérifications réglementaires et à l’acheteur de finaliser son financement.

2. Textes

Les principaux textes à connaître :
• Civ C., art. 215, paragraphe 3, 1589, 1589-2, 1590 et 1675
• C. com., art. L.526-1
• C.C.Soss., art. L. 313-24 p.
• CCH, art. L. 271-1 à L. 271-6, art. L. 290-1, art. L. 721-2 et L. 721-3
• C. ca., art. L. 125-5

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3.1. Fiches pratiques

Pour approfondir, plusieurs fiches pratiques abordent tous les aspects concrets :
• Fiche n° 1672 ou JCl Pratique notariale, Actes, fasc. 1140 : Compromis sur la vente de biens immobiliers
• Fiche n° 1721 ou JCL. Pratique notariale, Actes, fasc. 1565 : Une vente d’immeubles
• Fiche n° 1806 ou JCl. Pratique notariale, Les Actes, fasc. 1570 : Vendre un bâtiment écrit
• Fiche n° 1807 ou JCl. Pratique notariale, Actes, fasc. 1575 : Rédaction d’une vente de bâtiments nécessitant une rénovation
• Fiche n° 1808 ou JCl Pratique notariale, Les actes, fasc. 1580 : Vendre une copropriété
• Fiche n° 1809 ou JCl. Pratique notariale, Les actes, fasc. 1585 : Vente d’un terrain à bâtir dans un lotissement écrit

3.2. Jurissouffleur

Autres sources incontournables pour la pratique notariale :
• JCl. Forme notariée, V° audit du bâtiment, fasc. 10, 20, 30, 300 et 340
• JCl. Notaire, V°Contrat préliminaire, p. 14, 20, 30, 40, 50, 80, 100, 102, 104
• JCl. Forme notariée, V° Condominium, fasc. 220
• JCl. Formulaire notarié, enregistrement V°, fasc. 2 à 5
• JCl. Forme notariée, V° publicité terrestre, fasc. 10 à 90
• JCl. Forme notariée, V° vente d’un bâtiment, fasc. 10, 30, 40, 132, 134, 136, 150, 154, 160, 400, 450, 470, 480, 520

1. Développer votre stratégie avec le client
1.1. Analyse des objectifs du client

Pour le vendeur, tout commence par une réflexion sur ses objectifs : départ imminent, réorganisation patrimoniale, nouveau projet… Le notaire, en première ligne, sonde ces motivations et détaille chaque aspect : nature du bien, situation en copropriété ou en lotissement, particularités du terrain, présence d’usufruit ou de droits de jouissance, location en cours ou non, prix envisagé, calendrier de remise des clés, historique de la propriété, remboursement de prêt, existence de servitudes, hypothèques. Un calcul rapide des conséquences fiscales (plus-value, taxation des terrains, TVA) permet d’éviter les mauvaises surprises.

Du côté de l’acquéreur, l’analyse est tout aussi poussée. Achat pour habiter ou investir ? Besoin de financement, recours à un prêt, achat en solo ou à plusieurs, via une société ou non ? La destination du bien (résidence principale, local commercial, mixte) et les modalités de financement structurent tout le dossier. Les réponses obtenues servent de boussole pour anticiper chaque étape à traiter.

Lorsqu’il fait appel au notaire pour rédiger le contrat préliminaire (et non à l’agent immobilier), l’acheteur attend un accompagnement approfondi, une vigilance sur chaque détail. L’achat ou la vente d’un bien immobilier ne supporte ni l’improvisation, ni la précipitation. Mieux vaut avoir une vision claire du marché local, des prix réellement pratiqués dans le secteur. Le notaire, grâce à sa base de données exhaustive sur les transactions, peut offrir un éclairage précieux à ce sujet.

Quand vendeur et acheteur tombent d’accord sur le prix et les conditions, la réservation du bien s’impose. Cela passe par la signature d’un avant-contrat, véritable verrou sur la transaction. Plusieurs démarches sont alors nécessaires avant la signature définitive, souvent espacée de plusieurs semaines, voire de quelques mois. La rédaction de ce précontrat demande une rigueur absolue : confier cette mission à un notaire, c’est sécuriser l’opération sur toute la ligne. Il guide ses clients sur la portée de leurs engagements et les formalités à remplir avant la signature de l’acte authentique.

1.2. Le choix du type de contrat

Trois types d’avant-contrats existent, chacun avec son niveau d’engagement : la promesse unilatérale de vente, le compromis (ou promesse synallagmatique), et la promesse d’achat unilatérale. Dans la promesse unilatérale de vente, seul le vendeur prend un engagement ferme. L’acheteur, lui, dispose d’un délai pour lever ou non l’option. Passé ce délai, sans décision, la promesse s’éteint, la somme bloquée en garantie reste au vendeur et les deux parties retrouvent leur liberté. Durant toute la période d’option, le vendeur ne peut plus vendre à un tiers. Même s’il se rétracte, la vente pourra être imposée (C. civ. art. 1124).

Le compromis, lui, lie d’emblée vendeur et acheteur : les deux s’engagent fermement, sous réserve d’éventuelles conditions suspensives. Selon l’article 1589 du Code civil, ce document vaut vente. Refuser d’honorer l’engagement expose à une action en justice pour forcer la vente. La promesse d’achat unilatérale (moins courante) ne contraint que l’acheteur, qui se réserve la possibilité d’acquérir le bien.

En pratique, la promesse unilatérale et le compromis contiennent les mêmes informations, mais la portée des engagements diffère. Le compromis verrouille la transaction dès la signature ; la promesse unilatérale maintient plus longtemps la liberté du vendeur si l’acheteur ne se manifeste pas dans les délais. Côté coût, les deux sont proches, mais la promesse unilatérale sous seing privé s’accompagne de frais d’enregistrement. Rédigée en la forme authentique, elle échappe à certaines formalités manuscrites et facilite la preuve en cas de litige.

Pour garantir l’exécution de la promesse, il est courant de demander au bénéficiaire un dépôt de garantie (souvent équivalent à l’indemnité d’immobilisation), versé de préférence à un tiers de confiance, typiquement le notaire ou l’agent immobilier. En cas de versement direct au vendeur, la responsabilité du notaire pourrait être engagée. Lorsque l’acheteur bénéficie du délai de rétractation (article L. 271-1 du Code de la construction et de l’habitation), aucun paiement ne doit être effectué au vendeur avant l’expiration de ce délai. Tout versement anticipé rend la clause nulle. Si le montant est déposé chez un professionnel habilité, pas de problème : le notaire, l’agent immobilier, ou l’administrateur de biens sont habilités à recevoir ces fonds. En cas de rétractation, la totalité de la somme doit être restituée à l’acheteur sous vingt-et-un jours, sans qu’aucun frais (ni rédaction, ni enregistrement) ne puisse être retenu.

Certains cas impliquent des règles spécifiques : vente d’un bien à construire (contrat de réservation obligatoire), terrain à bâtir situé dans un lotissement, promesse accordée pour plus de dix-huit mois (obligation d’acte authentique sous peine de nullité). Le montant de l’indemnité d’immobilisation suit également un encadrement légal strict.

1.3. Conseils de rédaction

Pour l’acquéreur, il est indispensable de bien connaître le bien visé et de s’assurer que le vendeur transmet toutes les informations requises. Depuis le 1er octobre 2016, le vendeur doit une information complète à l’acquéreur (article 1112-1 du Code civil). Si l’acheteur n’a pas l’expertise nécessaire, il peut être judicieux de se faire accompagner d’un spécialiste lors de la visite, surtout pour une maison individuelle. Pour un appartement en copropriété, il faudra aussi obtenir des données sur l’état de l’immeuble, les travaux programmés, les charges à prévoir. Ces éléments pèsent sur la négociation du prix.

Il est conseillé à l’acheteur de détailler son projet au notaire pour mesurer la faisabilité juridique (autorisations, délais, risques de recours…). De plus, un questionnaire préalable sur la situation familiale, la localisation du bien et les intentions des parties permet d’éviter les oublis. Une absence de réponse pertinente du vendeur peut être interprétée comme une dissimulation volontaire et ouvrir la voie à une annulation de la vente.

La question de la prise de possession doit être abordée en amont. Si l’acheteur entre dans le bien avant la signature définitive, des précautions sont à prendre, notamment en cas de travaux : si la vente n’aboutit pas, le vendeur récupère un bien occupé, potentiellement dégradé. Et l’acheteur risque d’y perdre ses investissements. En cas de sinistre, la situation se complique. Il est donc logique que celui qui occupe les lieux avant la vente en assume les risques (incendie, destruction). À l’inverse, si le vendeur reste dans le logement après la vente, des indemnités d’occupation peuvent être fixées, au moins équivalentes à un loyer. Le contrat doit préciser la nature de ce droit d’occupation (location, prêt, droit d’usage, usufruit) et indiquer s’il s’agit d’une jouissance gratuite ou payante.

Pour garantir la libération du logement à la date convenue, il est possible de prévoir une pénalité de retard calculée par jour, prélevée sur le prix de vente via le notaire. Concernant la fiscalité, le notaire alertera le vendeur sur l’impact fiscal (plus-value, taxes, frais divers) et informera l’acquéreur sur les conséquences financières de l’opération (TVA, coût d’un éventuel prêt, charges de copropriété, taxe foncière, taxe d’habitation…).

2. Vérifications préalables

Plusieurs vérifications s’imposent avant la signature :

  • identité et capacité juridique des parties, leur régime matrimonial
  • existence de procurations ou de pouvoirs particuliers
  • intervention d’autres personnes (époux, donateurs)
  • origine de propriété, renseignements cadastraux, servitudes éventuelles
  • présence de biens mobiliers dans la transaction
  • état locatif du bien
  • dossier des diagnostics techniques obligatoires
  • situation hypothécaire
  • fixation du prix, modalités de paiement, montant de la garantie
  • financement prévu et frais liés à l’acquisition
  • urbanisme, droits de préemption, pactes préférentiels
  • contrats liés au bien (bail, abonnements, etc.)

2.1. Parties à l’acte
2.1.1. Vendeur

La vente immobilière constitue un acte de disposition. Si le vendeur fait l’objet d’une mesure de protection (tutelle, sauvegarde de justice), certaines formalités spécifiques doivent être anticipées. L’avant-contrat ne peut être signé sous condition suspensive d’obtention de ces autorisations : elles doivent être réunies préalablement. Pour approfondir ce point, voir la fiche n° 1721 ou JCl. Pratique notariale, Actes, fasc. 1565.

Le régime matrimonial influe également : le bien vendu dépend-il de la communauté, d’un patrimoine propre ? La vente du logement familial nécessite l’accord du conjoint, qu’il s’agisse d’une promesse unilatérale ou synallagmatique. Cet accord est indispensable, même en cours de procédure de divorce, tant que le logement conserve sa qualification de « résidence de la famille ».

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